Les anabaptistes à Montbéliard

Léopold-Eberhardt leur confie ses propriétés

(original source article)

Le Duc de Wurtemberg reignant sur le Pays de Montbéliard en ce début de XVIIIème siècle était particulièrement controversé : il était un séducteur invétéré, courtisant des femmes sans titre avec qui il aura une vingtaine d’enfants.  Tenant à les doter, il rachète voire confisque des terres à des particuliers.L’eglise mennonite de la Prairie

Dans le même temps, la communauté anabaptiste de Sainte-Marie-aux-Mines est en pleine expansion et affiche une réussite économique reconnue. Le Duc Léopold-Eberhardt en aura inévitablement eu connaissance. Il est même très probable qu’il aît rencontré une délégation anabaptiste en 1708 (en évitant toute consignation écrite, ce qui lui ressemblait fort).

Afin d’occuper et de faire fructifier ses terres, il accueille ces anabaptistes que personne ici ne connaissait et les installe dans ses propriétés. Concrètement, les familles anabaptistes jouissent des bâtiments, des terres et du bétail, en échange bien sûr d’un loyer mais également de leur engagement de cultiver les terres, d’entretenir les bâtiments et les bêtes, de réserver le fourage à leur nouriture (et non de le vendre).

Une première implantation de 9 familles dans des fermes de Clémont et Liebvillers a lieu en 1709. Les propriétaires lésés obtiennent qu’une enquête soit ouverte pour détecter d’éventuelles malversations : les anabaptistes deviennent alors l’enjeu d’un conflit qui les a précédés et qui les dépasse entre le Duc de Wurtemberg et l’administration française.  Moins de 2 ans après leur arrivée, les anabaptistes sont expulsés ; la moitié d’entre eux est relogée à Montbéliard par Léopold-Eberhardt.

En 1712, une ordonnance de Louis XIV impose de “faire sortir d’Alsace, sans aucune exception, tous les anabaptistes quels qu’ils soient“. Ceci va déclencher une immigration plus massive des anabaptistes vers le Pays de Montbéliard.

Eberhardt-Louis reconnaît leur réussite

Une fois encore, les anabaptistes vont affronter le rejet de la population locale :
- ils développent avec succès une agriculture moderne et réussissent en quelques années mieux que les populations locales en plusieurs générations, s’attirant ainsi la jalousie ;
- ils sont agriculteurs, mais aussi tisserans, cordonniers, vétérinaires… alors que les chonffes, ces corporations qui régleméntaient les différents corps de métier, interdisaient d’exercer plusieurs professions ;
- leur langue, leur culture, leur mode de vie les singularisaient et n’encourageaient pas à la communication avec le reste de la population.

Néanmoins, les différentes plaintes déposées auprès du Duc n’auront cette fois pour seul effet que de taxer un peu plus les anabaptistes, mais ceux-ci ne seront plus chassés.  Après le décès de Léopold-Eberhardt en 1723, son successeur Eberhardt-Louis confirme les mêmes intensions : alors que le conseil profite de la succession pour s’interroger “s’il est à propos de tolérer les anabaptistes“, le nouveau comte répond que “loin d’expulser les anabaptistes, soit par voie directe, soit par moyen indirect, il convient de les tolérer, d’une part en raison de leur conduite sans reproche, et d’autre part parce qu’ils améliorent ses domaines“.
Il ajoute même “qu’il faut accorder aux anabaptistes et leur donner à ferme de préférence les domaines de la seigneurie“, montrant là son intérêt tout personnel à se montrer tolérant.

Une implantation durable

Parce qu’ils ne subiront pas les persécutions qu’ils ont connues ailleurs, les anabaptistes vont s’installer durablement dans le Pays de Montbéliard. Ils y seront reconnus pour leur esprit d’entreprendre.

  • En 1725, les anabaptistes du Pays de Montbéliard obtiennent du prince l’autorisation d’ouvrir leur propre école, à la Petite Hollande.
  • En 1751, un premier lieu de culte est attesté, et la communauté possède son propre cimetière (au Mont-Chevis).
  • En 1775, la ferme des Gouttes est aménagée à son tour en lieu de culte, puis c’est le tour de la maison du canal, à Audincourt, en 1832.

Avec la guerre de 1870-1871 et l’afflu de réfugiés venus d’Alsace, la communauté s’agrandit et a besoin d’un espace plus grand : le projet d’une nouvelle chapelle voit le jour.

En 1927, les anabaptistes acquièrent auprès du baron Dumas de Chabeau-Latour la ferme de la Prairie et le terrain attenant.
Un premier plan, réalisé par un architecte bâlois, est rejeté. Celui d’Eugène Réess, un enfant du pays, est retenu.  La chapelle de la Prairie est achevée en 1930, entièrement financée par la communauté.  La ferme sera aménagée petit à petit.